Fauves

Je me voudrais béguine, vivre loin de ces fauves qui parfois me déchirent et qui parfois s’inclinent. Celui qui ronronne tant, yeux à demi fermés, celui beau comme un astre, qui veut être dompté. L’un m’aime, mais de dos. L’autre mange dans ma main… quand ses engagements ne l’appellent pas ailleurs.

Éternelle seconde et pour toujours honteuse ?

Assez !

Je veux marcher dehors ta main tenant la mienne. Je veux que t’arrêtes tout si j’ai besoin de toi. Je veux être assez bien pour être légitime.

Marre !

Je suis ton beau plan B si le plan A échoue. Je suis celle que tu aimes… à la pause déjeuner. Ton ex petite amie qui dit encore oui.

Assez !

Vous voilà plusieurs fauves avec vos yeux dorés. Je vous aime d’amour, ça se lit dans mes gestes. Mais vous êtes prédateurs car vous me dévorez sans rien perdre de vous.

Laissez-moi ma colère

Votre vie est ailleurs et elle n’a rien pour moi.

Faites d’abord ma place.

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Haïku Numéro 2

Photo : Paolo Barretta

Eaux stagnantes obscures

Les heures qui s’empilent sont lourdes

Aux épaules souffrantes

#Haïku

Liberté chérie !

Mots contraints 2019, S23 :

Savon, badge, flûte, Ibis, canal, Crimée, littérature, liberté, Polaroïd

 

«Liberté chérie ! »
C’est son cri. Elle belle et libre.
Elle en fait un mantra, sein nu et poing levé.
Oksana a grandi en Crimée ou pas loin. On connaît d’elle son visage d’une beauté éclatante, cheveux couronnés de fleurs. Pourquoi ne racontons-nous pas que férue de religion et de littérature, elle voulait entrer au couvent à l’âge de dix ans ? Elle en fut dissuadée, mais resta une artiste. Toute sa vie elle cria « Flûte ! » – peut-être moins poliment utilisa-t-elle des mots plus percutants – « religion, politique doivent être bousculées ! ». Elle passa au savon les icônes orthodoxes dévoilant l’anatomie du Christ et gardant la feuille d’or. Elle ne cessa de dire que les performances politiques de femmes au poing levés étaient un canal artistique sublime.
Et que retenons-nous ? De la peinture sur sein, comme un badge épinglé. Un polaroïd saisissant d’un regard sauvageon sur une beauté fragile.
Comme l’Ibis représente Thot, Oksana, tu es l’image même de la liberté.
Merci.

 

Pour lire les autres mots contraints du 6 juin 2019 : tu cliques, tu cliques !

Gentleman

Mots contraints 2019, S21 :

Gentleman, noir, frémir, crier, velours, rude, perceptible, apaisement, déchirure

 

Toi, je te vois arriver.
Tu te la joues gentleman et fais mine de comprendre quand je te raconte ma vie et quelques mésaventures. Tu me dis « Ma pauvre, ah la la, avec moi tu serais si choyée. D’ailleurs, et si j’ouvrais mes bras pour t’offrir l’apaisement ? »
Tes mots se font velours et à les entendre, tu combles à toi seul toutes mes déchirures.
Un signe perceptible de manipulation ? Pas le moindre à ce stade, tu attends de ferrer et restes très prudent.
Tu veux que je te raconte ce qui va arriver ?
Nous nous rencontrerons et je viendrai légère : tu m’as promis des moments si heureux !
Sans perdre aucun temps tu me baiseras vite : étrange urgence pour qui m’aimait déjà.
Je ne m’étonnerai pas et même, tu m’entendras crier que c’est bon, que je jouis. Alors tu penseras « la voie est libre, à moi l’amusement ».
Tu te feras plus rude. Je ne moufterai pas.
Au contraire, je dirai « j’aime sentir ta force ».
Au premier coup, sidérée par sa force, je rirai nerveusement et ne protesterai pas.
Les heures passeront, et les douleurs, non.
Alors timidement je tenterai un « non » et tu répondras « si » .
Je frémirai. Partie perdue.
J’aurai moi-même libéré ce qui est noir en toi.

 

Les autres mots contraints du 23 mai 2019 : zou, c’est parti !

Hommage

Mots contraints 2019, S20 :

Le cadavre du chemin de fer à la braguette fumante intrigue la police.

Le corps fut retrouvé en gare de Perpignan.
C’était un homme âgé à moustache excentrique.
Dans sa main droite, un oeuf et dans la gauche, un petit pain.
Les enquêteurs notèrent avec stupéfaction qu’en déplaçant le corps la braguette crépitait.
Le légiste l’ouvrit avec mille précautions : un diable en jaillit, avec moultes pétarades.
Le corps était piégé : un macchabée farceur.
Honorons sa mémoire pour ce geste artistique.

 

« Il y a toujours un moment dans leur vie où les gens s’aperçoivent qu’ils m’adorent. »

Salvador Dali

Les autres mots contraints fumants du 16 mai 2019 : oh oui, oh oui !

Il fallait dire non

Avant, je ne savais pas dire « non ». J’avais appris qu’une fille bien élevée était obéissante et à l’âge de rébellion, j’avais appris que mon corps était source d’attrait. Un soir en rentrant du lycée un homme m’avait touchée et m’a mère a crié de ne pas faire d’histoire : un cul comme le mien, évidemment qu’il tente. Ce cul étant sur moi, j’ai vécu selon ses règles : qui le voulait l’avait. Je n’étais pas la fille de tout le monde, car par une étrange magie j’ai toujours été bien entourée, d’amis très protecteurs qui montaient une bonne garde. Savaient-ils, ces amis, que j’étais « différente » ?
Ça aussi, quelle blague. Normale ou différente ? Normale selon quelle règle et différente de quoi ? En tout cas, quelque chose clochait. Depuis la petite enfance je n’entendais que ça « bon sang cette gamine ne fera donc-t-elle jamais comme tout le monde? ». Alors je regardais « tout le monde » et je les imitais. Je riais quand ils riaient, ouvrant bien grand ma bouche et secouant mon ventre pour crier en hoquets. Leurs blagues étaient faciles, j’en faisaient à la pelle, Dieu que j’étais marrante. Au début du primaire j’avais compris le truc.
La maternelle, en revanche, cette poisse. Il fallait s’aligner, je n’ai jamais pu comprendre. Et dormir en dortoir, entre un lit de camp qui pue et une couverture qui gratte. Entourée de l’école entière rangée comme un parking. Et le scratch d’un qui se gratte et le tcha d’une qui éternue et le chchchchch des adultes et le squouink des ressorts. J’étais interloquée. Qui avait pu penser ne serait-ce qu’un instant que nous allions dormir ? Nous détendre, même ? Eh bien si. La plupart de mes congénères roupillaient. Ceux qui étaient « normaux ». Moi, je m’énervais tellement de cette prison textile que je suffoquais. Angoisse. Parfois une gentille « dame » prise de pitié m’autorisait à me lever à condition d’être sage. Alors, ô joie, je me cachais derrière un rideau. Un grand rideau orange qui tombait jusqu’au sol. Eh bien, ça, rester tout ce temps ravie derrière un rideau, c’était pas normal. Comme refuser en me débattant de me mettre en rang (mais bon sang pour quoi faire ?) ou enfoncer dans mes narines des boules de mimosa pour profiter du parfum. Un jour, j’ai reçu une fessée, j’avais dû être trop bizarre. On est venu me chercher et la maîtresse a dit « Elle n’est pas comme les autres, il faut voir un psychologue ». En 1980, aller voir un psychologue, je l’ai compris tout de suite, c’était très grave. Pendant plusieurs jours les adultes chuchotaient en me regardant d’un visage atterré. Ma mère était furieuse et mon père très triste. C’est là que j’ai pris la grande décision de devenir normale. J’allais imiter les enfants convenables.
Magie ! A l’entrée au CP j’étais déjà devenue une charmante enfant. J’apprenais vite, je souriais beaucoup, j’étais très joyeuse (les gens aiment beaucoup lorsque l’on est joyeux). Il persistait bien sûr des domaines dans lesquels je ne pouvais donner le change, malgré tous mes efforts : j’étais perdue. Oui, dans l’espace. La gauche, la droite, les distances et directions, tout ça, je voyais bien que c’était facile pour les autres. Lancer un ballon ou bien le rattraper. Pour moi, c’était l’enfer. On m’a dit que j’avais « deux mains gauches » ou que j’étais « bourrine ». A y regarder vite je paraissais idiote. Quarante année plus tard on m’a dit dyspraxique. Si j’avais su plus tôt je me serais moins haïe.
Scolarité impeccable jusqu’à devenir maîtresse (avec secret espoir de sauver les enfants « pas convenables » ou au moins d’être là pour leur dire « c’est pas grave »). J’ai tout appris, tout ce que les autres savaient d’instinct. J’ai appris à me faire des amis, à être drôle en soirée, à passer des entretiens, à m’occuper d’enfants. Je me plaisais beaucoup avec les enfants jeunes ou alors avec les personnes plus âgées. Mes pairs me terrifiaient. Ils étaient trop directs, trop familiers. Alors j’ai trouvé aussi comment apprendre à avoir des amis de mon âge. Il fallait un plus petit espace que le monde tout entier. Une micro-société. Une colonie de vacances. Ce fut mon laboratoire de vie. Le bonheur ! Il y avait des règles et des places. Les gens se trouvaient où ils étaient censés être et les rapports étaient hiérarchisés. Trop facile ! Je me suis épanouie.
Il restait l’amour. Pas de chance, c’est une zone de secret, personne ne l’enseigne. Et le sexe encore moins. Et mon cul était beau.
Que faire avec ça ? Un ami m’a appris. Enfin, je croyais qu’il m’apprenait alors j’ai tout intégré, tout retenu et tout appliqué pendant plus de vingt ans. « En amour rien n’est sale » alors j’acceptais tout.
Je ne savais plus dire non.
Et comme j’aime apprendre et j’aime les labo, j’ai trouvé un terrain d’étude plus fertile que tous. J’ai vogué, j’ai fait le tour.
Maintenant je relis mes notes, de ce voyage en sexe qui a duré vingt ans et je recule d’un pas.
Ok. Il fallait dire non.

Edmond et les yakitoris

Mots contraints 2019, S19 :

Dessein, accule, pite, ulve, faisselle, berges, impétration, yakitoris, fouir

 

Edmond ! Edmond !
Et ces yakitoris, dois-je les cuire moi-même ?
Je ne cesse d’ordonner, tu ne cesses de fouir.
J’en perds vocabulaire, que tu m’agaces, Edmond !
Incantation, impétration, hypnose… quelle technique acquérir pour qu’enfin tu m’écoutes ?
Je connais ton dessein : quand je suis balbutiante et aux mots tout tordus, tu me présentes ta berge et je mouille ma ulve. Nous voilà bien.
Je t’accule contre un mur et crie « Je veux ta pite ! ».
Et toi tu dis, paisible : « Madame, pardonnez. Je dois faire la faisselle ».
Tu te gantes de caoutchouc et me tournes le dos.
Ah, Edmond : qui de Maîtresse ou toi décide dans cette maison ?

 

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