Un café d’herboriste

Mots contraints 2019, S17 :

Missionnaire, Amazone, Epicurien, Balançoire, Herboriste, Andromaque, Puzzle, Arc-en-ciel, Levrette

J’aime le vieux café à l’allure d’herboriste, sur la place du marché. Je m’y arrête souvent en passant, le matin. Je m’assois en terrasse, devant un allongé et regarde vers le square, vide à cette heure-là. La balançoire est seule, un homme promène son chien.
Je t’attends.
Parfois tu ne viens pas ou je te vois de loin. Tu quittes ton travail et marches hâtivement vers un probable rendez-vous. L’épicurien en toi est surtout cérébral. Tu cours de labeur en besogne et ne t’accorde de temps que pour lire ou jouer de ta fidèle amante : une guitare grave qui te monte en amazone. Je te regarde marcher, follement élégant. Je sais tes reins cambrés sous ta redingote grise. Si je pouvais t’attraper, je serais Andromaque. Je m’imagine bien onduler sur ton ventre.
Je pense à nos rencontres, aux fois où tu as ralenti pour t’arrêter un peu, un instant près de moi. Souvenirs épars, comme un puzzle défait. Nos rêves se mélangent aux amours qu’on a faits. Tu es couché sur moi en un doux missionnaire et me pénètres lentement. Tes yeux plongent dans les miens, j’ai le souffle coupé. C’était vrai ? On l’a fait ?
Et cette levrette dans la grande cuisine de cette maison sublime ? Je m’appuie à l’évier, tu relèves ma robe… Non, ça, c’était pour rire.
J’ai appris récemment que les arc-en-ciels sont toujours circulaires. Je ne le souhaite pas.
Toi et moi, mon amour, nous sommes partis d’un point et arrivés au port, nous aurons fini ce voyage un peu flou aux couleurs translucides. Magnifiques et fragiles. Peut-être irréelles ? On arrivera au port ?
J’ai fini mon café en pensant à nous deux et tu t’avances vers moi.
Tu me serres dans tes bras même si je suis illicite. Je bois chaque seconde, tu disparaitras vite.

 

Pour lire les autres mots contraints du 25 avril 2019, tu cliques !

Publicités

Manifeste

Mots contraints 2019, S14 :
Lugubre, malaise, hanté, angoisse, envahir, effacée, souffrir, évader, triste

 

Toi, tu es un type bien. Tu ne fréquentes pas ces cercles de fous du cul. L’idée d’un plug dans le fion te provoque un malaise. Une femme et plusieurs hommes, tu trouves ça lugubre. Et toi, sucer une queue ? Jamais, angoisse totale !
Moi qui ne suis pas hantée par un bon usage du sexe et qui ne suis guidée que par mon affection, je ne te comprends pas. Tu me dis : « Respecte-toi, évade-toi de ce cercle ».
Me respecter ?
Parlons-en.
Qui, en toute amitié, vient user de ma bouche et de mon cul joyeux, sans pouvoir l’assumer ? Est-ce me respecter de craindre d’être vu en honteuse compagnie si tu sors avec moi ? Depuis tellement d’années, tu me baises et oublies : il ne s’est rien passé. Mille fois, tu m’as effacée.
Chez les dingos du cul je ne suis pas honteuse.
Et tu sais quoi ? Après les avoir vus, je ne suis jamais triste.
Tu penses que jamais un homme bien ne voudra de ma peau autrement que pour jouir si je suis libertine. Mais ton homme bien, celui que tu crois être, si le dégoût l’envahit quand une femme est libre, et que cette liberté l’empêche de l’aimer : il ne m’intéresse pas.
J’ai reçu plus de respect et de tendres attentions dans des lieux de perdition où tu ne peux souffrir un instant d’imaginer ta femme, qu’avec toi, en vingt ans.
Toi, qui est un type bien, et sait faire le tri entre les filles qu’on jette et celles qu’on peut aimer.

 

Pour lire les autres contributions oulimotiennes du 4 avril 2019 : clique, clique !

Vide ton sac !

Un esclave délicieux qui porte ma culotte
Un Maître qui me hante autant que je le fuis
Une nuit au château où je me sens souillon
Un amour platonique et toujours occupé
Deux fistons adorés qui volent ma liberté
Des chats. Une maison sans chats n’est pas bien habitée.
Des avis divergents sur ma santé mentale
Une meilleure amie qui ne trahit jamais
Un jardin qui débute comme une meilleure vie
Le soleil qui revient avec ma joie de vivre
Et la mer qui me manque, sans sa force je faiblis

Un collier délaissé : qu’en faire, maintenant ?
Des cordes odorantes qui m’inspirent toujours
Mes amis à distance, réellement aimés
Un ex petit ami qui me prend pour sa pute
L’estime que je gagne, je sais la mériter
Et devenir adulte quand mes cheveux blanchissent.

 

Les autres mots contraints du 14 mars 2019 : site des Oulimots

Projet Pierre Louÿs

Je copie sans vergogne ici la présentation du projet que vous pouvez lire sur le site du Projet Pierre Louÿs, car je ne saurais mieux dire en le paraphrasant :

« Dans les jeux littéraires que vous lirez ici, il est question de sexe. Une tradition des lettres françaises, entre autres, illustrée par Pierre Louÿs notamment qui en usa de deux manières : un érotisme mondain et élégant dans ses Chansons à Bilitis, un érotisme cinglant car parodie pornographique des manuels éducatifs de son époque avec le Manuel de civilités. Ses choix littéraires répondaient à un contexte religieux, littéraire et selon un public et une diffusion ancrés dans le XIXème siècle.

En ce qui concerne les auteurs réunis ici, il va de soi, mais c’est toujours mieux en l’explicitant, que de « petites filles » et « petits garçons » il n’est dans nos textes absolument pas question : tout personnage littéraire ici a été conçu, imaginé et écrit comme ayant plus de 18 ans et consentant(e).

Chaque auteur(e) s’est inspiré(e) du Manuel de civilité pour les petites filles à l’usage des maisons d’éducation de Pierre Louÿs pour écrire une nouvelle.

Bonne lecture.

Les illustrations du site et du 2ème cahier sont de Rita Renoir : https://www.instagram.com/ritarenoir/ 

 »

Je me suis inspirée du conseil suivant pour écrire Edmond en queue de pie :

Ne faites pas feuille de rose à vos domestiques. C’est un service que vous pouvez leur demander mais qu’il est plus convenable de ne pas leur rendre.

Cela excite votre curiosité ?

Je vous invite à télécharger le magnifique ouvrage du projet.

C’est un Ebook qui propose une version numérique, avec des lectures de la fantastique Charlie (son site intelligent, brûlant et généreux), des dessins de Rita Renoir (découvrez ses oeuvres délicieuses), une vidéo troublante de Philippe Guerrieri (il a fait deux films sur mes mots : vous êtes jaloux ?) sur un texte brillant de Fen’X (Baudelaire passe la main, Fen’X est dans la place)…

Vous lirez Camille Eellen, Nora Gaspard, JimiH, Popins, Marie Tropique

Et aussi Hécate, Pape Anoël, Cédric Pignat, Leeba Swilka, et Avant-Tureuse…

Les amis Dick Sainte Cécile et Martine Roffinella ont lu avec attention et aidé au projet : ils sont des auteurs formidables : cliquez sur leur nom pour les (re)découvrir.

Vous l’aurez compris : l’Ebook du Projet Pierre Louÿs est un très beau cadeau. On vous l’offre : enjoy !

Lettre aux hommes mariés

(Toute ressemblance avec un homme marié existant ou ayant existé est naturellement fortuite et regrettée.)

 

Messieurs,

Vous êtes charmants.
Pour vous, nous sommes des reines (lundi à vendredi aux heures de bureau).

Je me permets ce « nous » désignant vos maîtresses. Sororité oblige, nous nous tenons la main (celle que vous laissez libre week-ends et jours fériés).
Nous ne nous plaignons pas ! Nous avons le meilleur. Vous arrivez chez nous tout beaux et tout sourire. D’une forme olympique vous nous baisez gaiement. Parfois un petit cadeau, toujours des compliments. Car vous nous adorez. Oui, c’est mieux que l’amour !
Nous sommes toujours belles, sexy, intelligentes. Il faut le dire, nous aussi nous donnons le meilleur : vous nous voyez ornées de lingeries à faire blêmir une pute. Le sexe ? Toujours partantes, et avec enthousiasme.

Si l’on ne vous ennuie pas avec la panne du lave-linge ou la grippe du petit, c’est par manque de temps. Sitôt éjaculé, et vous voilà partis, mais vraiment fous d’amour.

Il y a votre Officielle. Nous vivons à son rythme et nous savons d’elle tous les détails triviaux. Le samedi matin elle pratique le yoga avec sa collègue, celle qui s’appelle comme nous. C’est pourquoi vous êtes libres de nous téléphoner depuis votre voiture roulant vers Casino. Le mardi, attention : elle ne travaille pas. Vous devez être prudent et nous éviterons de nous voir au bureau. En revanche au printemps, elle s’absente une semaine, et c’est notre lune de miel : on vous aura une nuit ou même parfois, deux.
Bon.
Dîner, c’est pas possible. Vous pourriez être vus. Cela ne nous ennuie pas d’attendre jusqu’à minuit ? Vous resterez quatre heures (à cause des voisins qui ne doivent pas voir que vous rodez la nuit). On comprend. On tient tellement à vous. Car c’est promis, juré, un jour vous serez à nous, toutes les nuits, toujours. Mais là c’est pas possible à cause des enfants. Les vôtres, équilibrés, sont premiers de la classe. Un divorce, à coup sûr, les perturberait, nous ne voulons pas ça. D’ailleurs on ne manque jamais de prendre de leurs nouvelles. Comme ils grandissent bien !

Ce qui est bon avec vous, messieurs les hommes mariés, c’est la stabilité. Vous nous aimez beaucoup et voulez nous garder.
Pourtant, parfois, on rue, on envoie tout bouler. On en a marre d’être seules quand vous êtes en famille. On voudrait voir dehors en tenant votre taille. On souffre d’être honteuse comme une saleté.
Pour faire passer l’orage vous nous sortez un peu, et toute à notre joie, erreur : on prend votre main. Le regard affolé et le recul soudain nous forcent à des excuses. Oh pardon, mon amour, pardon, j’ai pris ta main, on pouvait être vus.

C’est vrai, je suis acide en me faisant la voix des amantes cachées. Et je suis bien injuste car maîtresse d’homme marié, ma foi, c’est bien pratique. Aucun compte à rendre des heures de liberté. A nous les jours paresse et les nuits scintillantes. Vous ne voulez pas savoir notre vie hors de vous, du moment que mardi, de douze trente à quatorze, on vous ouvre notre chambre en petite tenue.